Opinions de nos auteurs

PENSEES SYNCHRONIQUES

 

Le succès c'est la rançon de la gloire

Mais ne nous voilons surtout pas la face

Il faut en écrire beaucoup des histoires

Pour derrière soi laisser une ou deux traces

 

Synchronies pourvoira aux besoins des auteurs

Dont elle sait si bien divulguer les ardeurs

En leur permettant d'atteindre des hauteurs

En faisant turbiner leur moteur

 

Ceux qui méditent, stoïques, en versifiant

Et savent si bien faire entrer leur identifiant

Dans l'ordinateur magique qui leur sert de plume

Pour décortiquer de la plupart des jours l'écume

 

Afin de faire connaître leur indomptable talent

A une majorité silencieuse qui attend

La nourriture céleste et les traités de jardinage

La palette est large des sujets à traiter

 

Synchronies, en route ne doit pas s'arrêter

Elle doit, en compagnie des Familles Rurales

Poursuivre son implantation cadastrale

Inspirer dans chaque petite commune

 

Le désir d'acheter des livres "synchroniques"

Et dans des postures pharaoniques

S'inviter dans chaque petit hameau

Afin de bien faire briller les mots...

 

Alain ADAM

 

Mes translations à Corn, Consonnes et voyelles

 

L’âne et moi touchons le haut du causse, à l’heure où l’ombre des arbres nous disent qu’il n’est pas loin de Midi plein.

L’âne, c’est son nom, mon compagnon me dit « ce pays me rappelle la Sicile, celle dont me parlait mon grand-père. Il y portait, au sommet de la montagne, les pierres taillées de main d’Homme. Ô, tes livres dont mon fardeau est plein, me semblent bien plus lourds que les pierres du grand-père ! »

Holà, L’âne, je comprends ta plainte : Rien que de me hisser ici, j’ai sué plus que de raison. Mais, je vais te confier un secret, tu es âne, toi tu comprendras ce que peu de bipèdes peuvent entendre :

Ces livres que tu portes ne contiennent que des consonnes. Les voyelles nous attendent en bas, auprès de nos hôtes : la Marylène, la Rolande, l’Alain et le François.

Mes livres sans voyelles sont plus lourds que les pierres que ton grand-père menait aux sommets, taillées qu’elles étaient, pourtant, toutes par des idées.

Toi seul et quelques compagnons d’ânes du passé le savent.

 

Regarde autour de toi, le causse est gavé de ces pierres sauvages, que bien peu savent apprivoiser pour en faire demeure.

 

Ces pierres-là, je l’ai compris dès notre première rencontre, l’Alain a appris, il y a longtemps, à leur parler ; Il sait aussi les entendre leur répondre. Sans doute lui ont-elles chuchoté la patience, celle qui lui permet d’écouter les humains, ceux du Causse. Celle qui apprend à ouvrir sa porte aux voyageurs : il faut bien leur donner l’échange.

Et comme m’a confié l’Alain, « ici, on n’aime rien de ce qui disconvient ».

 

Nous entrâmes au hameau des Cordier. La porte de leur maison était toute grande ouverte : L’esprit et le cœur n’intéressent pas les voleurs.

La Mamé, la Nonà, comme on dit en Sicile, jaillit comme une fée du milieu de ces ronces belles et fleuries du lieu.

Elle nous déclara « je sais qui vous êtes, soyez les bienvenus ».

Elle nous dit ensuite que tout le monde était déjà en bas, dans la vallée et nous attendait, sans aucun doute.

Aussi, reprîmes-nous le chemin.

En descendant, j’aperçus, très vite, ce fleuve, tout en bas, au creux de la vallée, brillant sous le soleil comme un serpent d’étoiles : le Célé.

D’apparence tranquille, on m’apprendra plus tard qu’il sait aussi se fâcher, ce Célé : Il déborde de son lit, quand il trouve les humains et leurs activités par trop envahissants.

Nous touchâmes enfin Corn, le village. L’ombre des arbres au sol n’avait que peu bougé.

 

L’Alain nous accueillit avec son beau sourire; le sourire de ceux qui savent où ils demeurent. Il me trouva un coin pour y lâcher mon fardeau de livres. L’âne m’expliqua qu’il avait trop parlé pour aujourd’hui et que je le trouverai, si besoin, plus loin dans la prairie qui court tout le long de la route.

 

J’allai saluer la Rolande, toute affairée qu’elle était à préparer la Grande Rencontre.

Plus loin, je souris à retrouver la Marylène et le François, attablés sous un arbre au milieu de femmes et d’hommes à qui tous deux avaient transmis un secret : Transformer des livres en paroles que même les humains peuvent comprendre. Je les pensais magiciens mais ils m’expliquèrent qu’ils étaient faiseurs de comédiens.

 

Dans le village d’où je viens, il n’y ni magiciens, ni comédiens. Faut dire que Monsieur le Maire est très à cheval sur le respect de ce qu’il appelle « l’Ordre public ». Alors, forcément, comédiens, magiciens…Magiciens, comédiens…

 

Petit à petit, sans que je m’en rende compte, le lieu s’était rempli de gens. Des gens descendus de partout, des alentours de Corn, un peu comme le ferait patiemment une compagnie de perdreaux qui s’assemble au couchant : La Grande Rencontre avait commencé.

 

Des échoppes nomades s’étaient plantées là où s’activaient entre autres, des assembleurs de livres, des bouilleurs de thé, des serveurs de vin, des joueurs d’harmonie, et j’en oublie encore.

 

Il y avait même un homme un peu étrange (je dis cela par rapport aux gens de mon village) qui invitait les présents à venir parler aux arbres.

Et, lorsqu’il me fit signe, je fis semblant de ne pas le voir, un peu honteux : Les arbres à Corn étaient énormes. Aussi, je craignais de ne pas avoir assez de choses sérieuses à leur raconter.

En Sicile, quand tu dis à un arbre quelque chose qui ne lui convient pas, eh bien, il ne dit rien ! Il ne bouge même pas ! Alors qu’il est planté là depuis des lustres! Et, ça, on m’a dit que ça n’est pas bon, que ça ne porte pas bonheur. Voire pire, peut-être…

Et les arbres de Corn avaient comme un air de famille avec ceux à qui je ne parlais pas en Sicile…

 

Un peu après, la Marylène, la Rolande, l’Alain et le François vinrent me trouver pour me dire :

« Tu vois la table en bois et la chaise à côté,  dans la grande salle ? On t’a aménagé un lieu pour que tu puisses parler, à ceux qui nous ont rejoints, des livres que tu as fourrés au fond de ce fardeau que tu as posé là pour deux jours».

Alors, je me suis assis à cette table bien propre.

J’y ai alors évoqué le bruit de mes consonnes à des gens bienveillants qui ne m’avaient jamais vu auparavant et qui pourtant m’ont écouté patiemment, jusqu’au bout du bout de ces phrases que j’avais tracées pour eux, sans même les connaître.

Puis vinrent leurs questions ; une nuée de voyelles parcourut l’air de la salle où nous étions réunis. Des voyelles parfumées comme le jasmin dont l’odeur charge l’air, les cœurs, les esprits, le soir, au pourtour de cette mère, la Méditerranée.

Je vis alors mes livres s’envoler par la grande porte et rejoindre les oiseaux perchés au sommet de ces arbres plantés, là-haut, sur la caillasse blanche du causse.

La Rolande, scribe de son état, rappela à tous : « Une faille dans le réel sert de passage, de seuil, pour le pays du merveilleux… » :

Et ici même, une faille de lumière avait fendu la nuit tombée tôt, en cette fin d’été. Et Au-dehors comme Au-dedans, les gens se déclaraient, sans pudeur, la joie d’être réunis là, ensemble.

Des faiseurs de sons jouaient et le Serge, dresseur de bruits d’humains, avait tissé ses fils et en faisait musique.

Auparavant, pour que tous restent gaillards, la nuit durant, La Monique avait dressé la table ; Chacun y avait trouvé son salaire.

Le vol de perdreaux descendus des collines s’était transformé en une joyeuse bande d’enfants, de femmes, et d’hommes que le pain et le vin partagés n’effraient pas le moins du Monde.

L’Alain me présenta Monsieur le Maire de Corn, le Dominique. Il parlait comme un artiste, de ceux qui savent que la pâte dont l’humain est modelé est fragile.

Rien à voir avec le Maire de mon village qui, lui, ne voit partout et en chacun que forces et faiblesses.

Puis me vint la fatigue, mais mon sommeil fut court : trop d’étoiles brillaient dans le ciel dehors, trop d’étoiles rayonnaient de tout cela, tout au fond de ma tête.

Au matin, avant de partir, j’allais saluer ceux qui avaient su dresser là cette tente insolite, y faire entrer tant de gens, heureux de s’y retrouver, différents.

Mon âne ne me rejoint pas, il avait disparu. Sans doute avait-il décidé, comme une partie de moi-même de rester en ce lieu. Je lui fus reconnaissant de nous éviter les adieux ; d’ailleurs dit-on vraiment adieu à une partie de soi qu’on laisse dans un lieu où lumière a œuvré ?

Et puis, mes livres s’étant envolés, je n’avais guère plus que mes mains à me flanquer dans les poches, avec sous le bras, les beaux cadeaux qui m’avaient été prodigués par Marylène, Rolande, Alain, François.

Pour la première fois, j’entendis, brièvement, quelques mots que prononcent les pierres : Elles me promirent que la lumière façonnée par ces faiseurs de Rencontres, mes amis en Humanité, resterait à jamais gravée sur leur surface. Tracée comme des empreintes de main, comme ces consonnes, légères, qui n’attendent que le regard du voyageur, porteur de ses voyelles, pour que texte se transmette et parole se donne à ceux qui ont faim de Travail.

« Maintenant, tu connais le chemin » terminèrent-elles de me dire.

Le soleil m’indiquait déjà Midi, je marcherai donc jusqu’à Minuit plein.

 

Bruno MORANA ATTAR, auteur qui fut conférencier lors des Rencontres de Corn en septembre 2018,

moment immortalisé avec art ci-dessous par l'architecte Gilles Faltrept

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